La séniorité reste un facteur d’exclusion au travail

Au-delà de la nécessité économique d’équilibrer le système des retraites, maintenir les seniors en emploi implique une réflexion plus globale sur les conditions de travail et la politique de santé.

Mais surtout, il s’agit d’amorcer un changement de paradigme tant dans les représentations que les pratiques managériales. « La jeunesse n’est qu’un mot » disait le sociologue Pierre Bourdieu. La formule vaut tout au autant pour l’autre bout de la ligne avec la difficulté d’y placer un curseur. Pour les entreprises, le senior est une personne âgée de 45 ans. Pour Pôle Emploi, il est de 50 ans et, pour les organismes tels que la DARES, il est de 55 ans. C’est dire le flou dans sa définition même.

La France en dessous de la moyenne européenne

S’il fut un temps où la séniorité était gratifiée comme symbole d’expertise, de savoir et de maturité, désormais, elle semble exclue des valeurs sociétales plus que jamais versées dans le jeunisme, comme des cabinets de recrutement dans nombre de secteurs d’activité. Une tendance qui se manifeste par les chiffres. En France, le taux emploi des seniors à 49,8 % est l’un des plus faibles d’Europe, en deçà de la moyenne européenne à 55,3, loin derrière la Suède, la Norvège, l’Allemagne, le Danemark et les Pays Bas. Si ce taux a néanmoins progressé de 15 points depuis 2003, cette progression est le fait du repli des politiques de retraite anticipée et du report de l’âge de la retraite.

En revanche, le taux d’emploi opère un réel décrochage à compter de 60 ans. Globalement, d’après les chiffres de la DARES, en 2015, 52,6 % des personnes âgées de 55 à 64 ans sont actives en France : 48,7 % ont un emploi avec un recours massif au temps partiel choisi ou subi et 3,9 % sont sans emploi. Mais les seniors restent plus durablement au chômage. 63,5 % des chômeurs âgés de 55 à 64 ans le sont depuis au moins un an. Autrement dit, lorsque la perte d’emploi touche cette population en fin de carrière, la reprise sur le marché du travail s’avère plus complexe.

Enfin, un chiffre mérite d’être souligné : l’âge moyen de sortie définitive de l’activité – emploi ou chômage – est de 59,4 ans (le plus faible d’Europe), alors que l’âge d’ouverture des droits à la retraite est de 62 ans. Ce différentiel pour ne pas dire cette distorsion entre ces deux âges explique le phénomène de précarisation des fins de carrière. Il semblerait que là aussi, ce soit une spécificité française, les politiques publiques ayant fait le choix d’axer leurs efforts sur les jeunes, contrairement aux Pays du Nord.

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Source : Nathalie Raut – focusrh.com

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